Stephanie Potter, récipiendaire d’une bourse, espère donner moyen d’agir aux groupes minoritaires

June 4, 2019

Les bourses d’études en SIG d’Esri Canada reconnaissent des programmes géospatiaux solides et multidisciplinaires, et chaque cohorte de récipiendaires comprend des étudiants ayant une vaste gamme d’intérêts de recherche. Mais même dans ce groupe diversifié, la récipiendaire de 2019 de l’Université Lakehead, Stephanie Potter, se démarque. Détentrice d’un baccalauréat spécialisé en loisirs de plein air avec une mineure en études féministes et d’un baccalauréat ès arts en géographie, elle est actuellement inscrite au programme de maîtrise en études environnementales. Découvrez les liens qu’elle a établis entre ces différents programmes et la manière dont elle espère utiliser ses compétences et ses connaissances pour aider les autres.

Les bourses d’Esri Canada sont accordées sur une base continue, mais Stephanie Potter a été une des premières à recevoir une bourse d’études en SIG d’Esri Canada en 2019. Après avoir lu son curriculum vitae et son portfolio en ligne, j’ai été inspirée par sa philosophie du leadership et intriguée par la façon dont elle avait combiné des programmes apparemment très différents. Je l’ai contactée par courriel pour en savoir plus sur ces deux sujets.

Vous avez accompli beaucoup de choses au cours des quatre années de votre programme de premier cycle. Pouvez-vous me dire comment et pourquoi vous avez décidé d’obtenir un double diplôme?

En 2017, j’ai obtenu de l’Université Lakehead un baccalauréat spécialisé en loisirs de plein air, parcs et tourisme (ou ORPT pour Outdoor Recreation, Parks and Tourism), avec une mineure en études féministes, ainsi qu’un baccalauréat ès arts en géographie et environnement et un certificat en géomatique et SIG. En raison de mon amour pour le plein air, il était naturel pour moi de suivre le programme ORPT. Cependant, j’ai aussi voulu approfondir mes connaissances et explorer certains de mes autres domaines d’intérêt, ce qui m’a mené au double diplôme en géographie et en environnement. Je pense que je dois beaucoup à ma professeure de géographie de 11e année, qui a éveillé mon intérêt pour la géographie humaine – merci Mme Bédard! Puis, une discussion en classe au début d’un cours de première année a établi un lien direct avec les études féministes et m’a amenée à faire une mineure avec ce département.

Au premier abord, cela peut sembler une drôle de combinaison, mais ces domaines étaient tous incroyablement bien connectés; ce que j’ai découvert au fil des années. Mes passions sont le plein air et l’entraide (justice sociale), surtout dans ces domaines. Ces passions m’ont poussée à entreprendre ces études, que j’ai menées à bien grâce à une planification minutieuse des cours et à un travail acharné!

Les loisirs de plein air ne viennent généralement pas à l’esprit quand on pense à l’université. Pouvez-vous m’en dire plus sur le programme ORPT?

Le programme ORPT combine trois volets clés : le leadership, les parcs et le tourisme, d’une manière très théorique et académique, et avec des expériences sur le terrain pour appliquer notre apprentissage dans le monde réel. Alors que tous les étudiants explorent ces trois volets, je me suis davantage concentrée sur la gestion des parcs et des aires protégées, un domaine qui m’inspirait et qui m’attirait de plus en plus, parce que j’avais vécu et travaillé au parc national Jasper chaque été depuis 2013. Mon diplôme en ORPT m’a donné les bases parfaites pour poursuivre ma maîtrise en études environnementales.

Vous avez dit que c’était un cours de première année en ORPT qui vous a mené aux études féministes. De quel cours s’agissait-il et quels liens avez-vous établis?

Le cours portait sur la dynamique de groupe. Il m’a ouvert les yeux sur la multitude de facteurs qui influent sur la manière dont les groupes fonctionnent et interagissent les uns avec les autres. Parmi ces facteurs, on trouve l’hégémonie, c’est-à-dire la domination d’un groupe sur un autre. Au cours des quatre années qui ont suivi, j’ai compris que les « études féministes » reposent sur un fondement beaucoup plus large de justice sociale. Il ne s’agit pas seulement de « justice pour les femmes », comme beaucoup le croient. Il s’agit de déconstruire les obstacles systémiques pour atteindre la justice sociale pour tous les peuples, pas seulement pour un groupe de femmes.

Notre « position sociale », qui est définie par des caractéristiques telles que le sexe, la race, la classe sociale, l’âge, le handicap, la religion et la situation géographique, joue un rôle pour chacun d’entre nous et a un effet considérable sur notre place dans la société. Ce qui est très important, c’est que ce ne sont pas des caractéristiques qu’une personne peut contrôler, mais plutôt des systèmes sociaux qui façonnent son expérience dans le monde. En ce qui concerne les loisirs de plein air, les gens ont une expérience très différente selon leur position sociale. Je pourrais continuer indéfiniment, mais pour ma part, ce sont les parcs nationaux, les loisirs de plein air et les aires protégées qui m’ont inspiré ce travail qui, je l’espère, donnera aux femmes, aux nouveaux Canadiens et aux peuples autochtones des moyens d’agir.

Parmi les nombreux cours que vous avez suivis, deux m’ont particulièrement intriguée : « Écoféminisme » et « Consommation des femmes ». De quoi s’agit-il?

« Écoféminisme » explore les relations entre les femmes et l’environnement (encore une fois, il s’agit de la façon dont notre position sociale influence notre vie). « Consommation des femmes » explore la manière dont notre société occidentale est conditionnée pour « consommer » le corps féminin. Par exemple, considérez comment les corps des femmes sont utilisés pour tout vendre, des voitures aux hamburgers! Une voiture est en quelque sorte considérée comme plus attrayante si elle est représentée à côté d’une femme séduisante. De même, un hamburger a meilleur goût lorsqu’une femme séduisante le mange – sauf lorsqu’il est commercialisé comme un « aliment pour homme ».

Comment ces cours sont-ils liés à un cours comme Kayak de mer?

Mon cours de kayak de mer porte sur la mise en pratique de la théorie du leadership, tout au long de la planification et de la préparation, qui durent un semestre entier, et du voyage de 12 jours sur le lac Supérieur, de Red Rock à Silver Harbour. C’est encore une fois en étant animée par mes passions que j’ai saisi cette occasion pour m’exercer à être une leader, en portant une attention particulière à la dynamique de groupe genrée. Je me suis demandé, par exemple, comment l’on pouvait diriger un groupe de sorte à donner aux gens de tous les sexes, de toutes les silhouettes, de toutes les tailles et de toutes les capacités le sentiment d’être un membre à part entière du groupe et à briser les attentes selon lesquelles chacun peut soulever un lourd kayak de mer par ses propres moyens. Se pose aussi la question de qui fait la cuisine et la vaisselle plutôt que d’allumer le réchaud de camping. Les individus et les groupes sont façonnés par ces préjugés et n’en sont souvent même pas conscients.

Tout cela est également lié à la géographie et aux SIG, qu’il s’agisse d’acquérir une compréhension des modèles météorologiques qui peuvent être utilisés sur le terrain lorsqu’on dirige un groupe ou de travailler avec des cartes et la navigation. Le fait de travailler avec les SIG m’offre également un lieu où je peux communiquer des idées, comme la façon dont l’emplacement des parcs nationaux du Canada crée un obstacle à la participation des nouveaux Canadiens au développement de ces espaces.

Bref, chaque élément de mon programme de premier cycle en sous-tend un autre, et le tout se combine d’une manière qui m’aide, d’une part, à exploiter et à communiquer ma passion pour le plein air et, d’autre part, à autonomiser les groupes minoritaires.

Une partie du travail de premier cycle de Stéphanie consistait à analyser les coûts de déplacement à partir de grandes villes, comme Vancouver, vers les parcs nationaux de l’Alberta et de la Colombie-Britannique, et à aider les nouveaux Canadiens à trouver les moyens les plus rentables d’accéder à ces espaces.

Le projet que vous avez mentionné, qui porte sur les obstacles à l’accès aux parcs nationaux et que vous avez proposé aux fins de la bourse, parle principalement des nouveaux Canadiens. Mais on pourrait dire que la plupart des parcs sont aussi difficiles d’accès pour toutes sortes de personnes. Pourquoi pensez-vous qu’il est important de cibler les nouveaux Canadiens?

Les Néo-Canadiens sont considérablement sous-représentés parmi les visiteurs des parcs nationaux du Canada en raison des nombreux obstacles qui entravent leur participation. De nombreux autres groupes au Canada font face à des obstacles semblables pour ce qui est de l’accès à ces espaces protégés. Toutefois, je me suis concentrée sur les nouveaux Canadiens dans le cadre de ce projet, parce que Parcs Canada les identifie comme public cible.

Une partie de mes recherches examine les facteurs déterminants et montre que les Néo-Canadiens sont souvent désavantagés dès le départ. (Rappelez-vous la discussion sur la position sociale!) L’hypothèse de la marginalité suggère que les groupes minoritaires souffrent de schémas historiques de discrimination qui entraînent principalement des désavantages économiques et qui entravent encore davantage leur participation aux loisirs de plein air en raison du coût de la participation, des moyens de transport limités, du manque d’information et d’autres obstacles.

Malgré un niveau de scolarité plus élevé, de nombreux Néo-Canadiens sont sous-employés et font face à des défis supplémentaires, comme les barrières linguistiques. De plus, les obstacles à l’accès aux parcs augmentent à mesure que le Canada devient plus fortement urbanisé : près de la moitié de la population du pays vit dans les régions métropolitaines de Toronto, Vancouver, Montréal et Calgary/Edmonton, et 95 % des nouveaux Canadiens s’y établissent. Plus l’on se trouve éloignés des parcs nationaux, plus s’alourdissent le coût du transport et le besoin d’hébergement pendant la nuit, ce qui rend souvent impossibles les déplacements vers ces aires protégées pour les Néo-Canadiens.

Je m’en suis tenue avant tout sur ces questions des coûts et des déplacements associés à l’accès aux parcs nationaux du Canada, bien qu’il existe de nombreux autres facteurs qui expliquent la situation qui prévaut avec les Néo-Canadiens et des personnes provenant de bien d’autres positions sociales. Tout ça m’a amené à élaborer une série d’articles et de projets de cartographie, dont le point culminant a été la présentation que j’ai soumise pour ma bourse d’études. Ce domaine d’étude continue de m’inspirer et j’aimerais continuer à m’y consacrer et à communiquer à son sujet au moyen de cartes et d’autres produits.

La bourse comprend un logiciel et d’autres ressources pour vous aider à poursuivre vos études. Y a-t-il une partie de la bourse d’études que vous avez le plus hâte d’utiliser?

Je suis ravie de chaque partie de ce programme, mais particulièrement enthousiasmée par les possibilités de formation. J’ai toujours besoin d’apprendre, et j’ai à peine effleuré la surface du sujet, parce qu’il y a tellement d’aspects aux SIG. Bien qu’Esri offre de fantastiques formations gratuites (je participe actuellement au cours en ligne ouvert à tous sur la cartographie), j’ai hâte d’avoir la licence qui me permettra de participer à d’autres cours, y compris ceux que je ne pourrais pas me permettre de suivre seul.

Vous venez de commencer votre maîtrise en études environnementales. Vous avez déjà un projet de thèse?

Oui! En bref, ma thèse s’intitule Towards Marine Tourism Management Recommendations for the Franklin Wreck Sites (formulation de recommandations en gestion du tourisme marin pour les sites de l’épave Franklin). Je travaille à l’élaboration de recommandations contextuelles en gestion du tourisme pour les sites de l’épave Franklin afin d’aider à répondre aux préoccupations liées à l’augmentation du tourisme de croisière et de plaisance dans le passage du Nord-Ouest. Ce projet intègre la gestion des parcs et des peuples autochtones, selon le thème qui sous-tend mes études et mon travail.

Vous avez intégré votre philosophie du leadership dans votre portfolio en ligne. Qu’est-ce qui vous a fait croire qu’il était important de l’articuler?

Qu’il s’agisse du concept, de la théorie ou de la pratique, le leadership est souvent disséqué dans les milieux universitaires et parmi les professionnels en environnement extérieur, mais je pense que cette notion est tout aussi importante dans tous les autres milieux professionnels. Je crois que ma philosophie du leadership reflète ma personnalité et ce que je m’efforce d’être, que ce soit dans un environnement extérieur, dans un bureau et partout ailleurs quand c’est possible. Parce que j’ai occupé et continue de chercher à occuper des postes dans des domaines comme le leadership en plein air et les domaines SIG connexes, il est primordial pour moi d’insister sur ce que je m’efforce d’être dans ces mondes connectés.

Pouvez-vous donner des exemples du moment où vous avez pu mettre cette philosophie en pratique?

Un exemple : quand j’ai dirigé une excursion en canot de première année pour l’ORPT. Une grande partie de cette excursion de trois jours (et du parcours dans son ensemble) consistait à affiner la maîtrise de la navigation par carte et boussole. Dans le Nord de l’Ontario, on se retrouve entourés de réseaux lacustres et fluviaux apparemment sans fin. Lorsqu’on est sur l’eau, la navigation à l’aide d’une carte et d’une boussole peut s’avérer difficile, surtout lorsque les îles et les rivages environnants semblent se fondre en un. Pour de nombreux élèves de première année, trouver son chemin le long d’un itinéraire planifié peut représenter tout un défi. La navigation est une habileté qu’il vaut mieux apprendre par la pratique et, parfois, par l’erreur. Quand je dirige ces excursions, j’ai toujours l’œil sur la carte pour savoir où nous sommes, par mesure de sécurité. Mais je laisse les élèves mener la navigation. Je leur donne le temps d’affronter les difficultés et de trouver des solutions. Je suis toujours là pour fournir du soutien en cas de besoin, habituellement au moyen de questions d’orientation, mais je fais de mon mieux pour permettre aux élèves de découvrir seuls la marche à suivre, de sorte qu’ils soient fiers d’eux-mêmes en revenant au camp.

L’approche de Stéphanie en matière de leadership consiste à essayer de guider le groupe, par exemple les élèves de première année en canot, afin qu’ils tirent le meilleur parti de l’expérience.

Que prévoyez-vous faire après l’obtention de votre diplôme?

Je ne suis pas certaine à 100 %! Mes passions sont la justice sociale et l’autonomisation des groupes minoritaires, les parcs et les aires protégées, et les SIG, et j’apprends encore comment rassembler tout cela. Bien que la gestion des parcs soit le domaine dans lequel je travaille actuellement, je demeure très ouverte aux occasions de tous types. Cet été, j’ai le bonheur de travailler à temps partiel en SIG pour les parcs nationaux de Lake Louise, Yoho et Kootenay pendant que je prépare ma thèse. J’essaie d’ouvrir des portes qui pourraient mener à de nouvelles possibilités. Alors, qui sait ce que cela pourrait être dans un an?

Ce billet a été écrit en anglais par Krista Amolins et peut être consulté ici.

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