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Mais qu’est-ce que peut bien être la « coursabilité »?

Qu’est-ce qui rend un endroit agréable pour courir? Pour Stella Harden, candidate au doctorat en géographie à l’Université Simon Fraser, cette question a ouvert la porte à un projet de recherche créatif alliant les SIG, les données des réseaux sociaux et l’analyse des sentiments. Son article primé à la Conférence SKI explore comment les coureurs décrivent leurs expériences à travers la région de Vancouver et comment ces émotions peuvent être cartographiées pour révéler des tendances liées à l’environnement, à l’accessibilité et à l’expérience genrée.

J’ai récemment assisté à la Conférence Spatial Knowledge and Information (SKI) Canada 2026 à Banff, en Alberta, à titre de représentant d’Esri Canada, commanditaire de l’événement. C’était une excellente occasion de rencontrer des membres de la communauté SIG canadienne et d’entendre parler de la grande variété de recherches présentées. Des événements comme SKI, ainsi que la Conférence des utilisateurs d’Esri Canada et la Conférence des SIG pour l’éducation et la recherche à Toronto, offrent une chance exceptionnelle de tisser des liens, d’échanger des idées et de rester en contact avec l’ensemble de la communauté SIG. L’une des présentations étudiantes lors de la conférence SKI qui m’a particulièrement marqué a été celle de Stella Harden. J’ai été charmé par la façon réfléchie dont elle a combiné les SIG, les données des réseaux sociaux et l’analyse qualitative pour explorer l’expérience des coureurs sous un angle nouveau. Après sa présentation, j’ai eu la chance de discuter avec Stella de son parcours, de ses recherches et de ce qui l’attend ensuite.

 

Stella Harden se tient souriante, serrant la main du présentateur du prix, Mohamed Ahmed d’Esri Canada, tout en tenant son certificat de prix du meilleur article à la Conférence SKI Canada 2026 à Banff, en Alberta.

Stella Harden recevant le prix Esri Canada du meilleur article à la Conférence SKI Canada 2026 à Banff, en Alberta.

Merci de ta participation, et félicitations pour avoir remporté le prix Esri Canada du meilleur article lors de la conférence. Pour commencer, peux-tu te présenter et nous parler un peu de tes études en termes de programme, d’établissement et de domaine de recherche?

Je m’appelle Stella Harden et je suis candidate au doctorat en géographie à l’Université Simon Fraser, travaillant avec la Dre Nadine Schuurman. Mes études portent essentiellement sur la géographie de la santé et les SIG. En ce moment, je mène des recherches sur la « coursabilité », c’est-à-dire la capacité d’un environnement à soutenir la course. Avec l’aide du regroupement athlétique Strava Metro, j’ai pu définir des facteurs influant sur l’expérience des coureurs et l’accessibilité des environnements propices à la course.

Photo en noir et blanc de Stella souriante sur le bord de l’eau, portant un manteau et une écharpe, avec des bateaux, de l’eau calme et le centre-ville de Vancouver en arrière-plan.

Stella sur le bord de l’eau à Vancouver.

Quel est le sujet de ton article primé, et comment le décrirais-tu à quelqu’un en dehors de ton domaine?

L’article présente une approche innovante pour analyser les aspects qualitatifs de grandes données participatives dans un contexte spatial. Plus de 300 coureurs utilisant Strava, une plateforme de suivi d’activités physiques, ont été recrutés afin de participer à l’étude en partageant leurs informations de profil par code QR. La majorité des coureurs ont suivi leurs activités dans la région de Vancouver, et l’article se concentre sur les zones suburbaines et les sentiers de l’aire d’étude. Les données partagées comprenaient chaque course réalisée sur une période de dix ans, chacune accompagnée d’une description rédigée immédiatement après l’exercice. L’objectif était de mesurer et visualiser les sentiments, ou émotions, exprimés lors de chaque activité.

Un outil d’analyse des sentiments a mesuré le degré de négativité et de positivité exprimé pendant chaque course, en attribuant des valeurs comprises entre -1 et +1. À l’aide d’ArcGIS Pro, ces valeurs ont été associées à chaque trajectoire de course (sur un total de plus de 40 000) et visualisées dans des cases hexagonales de 200 mètres. Nous avons ensuite observé les taux de courses fortement polarisées (très négatives ou positives) pour les hommes et les femmes, en cernant les zones présentant des taux plus élevés de sentiments extrêmes. Enfin, nous avons effectué une analyse qualitative informelle des descriptions de course dans ces zones. Cette analyse nous a permis de repérer les thèmes récurrents mentionnés par les coureurs (par exemple, sentier encombré, rencontres avec des animaux sauvages). Elle a également révélé comment les expériences des coureurs variaient spatialement en fonction du genre et mis en lumière les éléments associés aux courses positives et négatives.

Qu’est-ce qui t’a poussée à poursuivre ce sujet de recherche? Un problème, une expérience, une question en particulier?

Les données de Strava sont généralement analysées de manière quantitative, en utilisant des données agrégées pour établir des corrélations environnementales basées sur le volume de courses. Nous avons voulu aller au-delà de cette approche en explorant les thèmes exprimés directement par les coureurs, selon leur perception de l’environnement et des éléments qui attiraient leur attention. Nous souhaitions aussi montrer comment de grands ensembles de données participatives peuvent être visualisés qualitativement, une approche peu courante dans la recherche sur Strava. En parallèle, nous avons pu délimiter avec précision les zones avec des sentiments extrêmes et mettre en lumière les facteurs influençant les expériences polarisées dans la région de Vancouver.

Carte de la région de Vancouver montrant où les femmes coureuses ont rapporté des expériences très négatives, en fonction de l’analyse des sentiments des publications sur Strava. Les hexagones orange foncé et marron indiquent un regroupement plus fort des publications négatives, avec des annotations mentionnant des thèmes comme la douleur, la fatigue, les sentiers bondés, la fumée des incendies de forêt, la neige, le vent et les débris.

Carte de la recherche de Stella Harden montrant la répartition spatiale des publications fortement négatives par les femmes coureuses dans la région de Vancouver.

Quel a été l’un des plus grands défis rencontrés lors de cette recherche, et comment l’as-tu surmonté?

Le plus grand défi a été de trouver comment visualiser les données. J’ai essayé plusieurs approches, comme la cartographie du sentiment moyen de chaque zone et l’utilisation de méthodes pour identifier des groupes statistiques. Le sentiment de la plupart des courses était assez neutre, ce qui nous a poussés à nous concentrer sur les courses particulièrement positives ou négatives, selon leur valeur de sentiment. Finalement, la cartographie des taux de courses très positives ou négatives par rapport au nombre total de courses dans une zone s’est révélée être la méthode la plus fiable pour représenter ces données. Nous avons aussi appliqué des moyennes pondérées localement afin de réduire les valeurs aberrantes qui pouvaient fausser les résultats dans des zones où il y avait peu de courses.

Comment s’est passée ton expérience de présentation à la conférence, et qu’est-ce que le fait de recevoir ce prix a représenté pour toi?

Présenter à la conférence SKI a renforcé ma confiance en moi. J’ai pu recueillir des remarques d’autres membres de la communauté canadienne de la géomatique, ce qui enrichira mes futures approches sur des sujets similaires à celui de cet article. De nombreux étudiants ont partagé des méthodes et des ressources nouvelles pour moi, et l’atmosphère collaborative était extrêmement soutenante.

Recevoir le prix du meilleur article a été une véritable validation, me confirmant que je suis sur la bonne voie pour m’engager dans les SIG de la manière qui me correspond. J’ai également été ravie de constater que ce sujet suscite un véritable intérêt et est jugé précieux par d’autres chercheurs.

Quelles sont tes prochaines étapes et quels conseils donnerais-tu aux autres étudiants débutant dans la recherche en géomatique?

Cette étude a marqué ma première exploration des méthodes mixtes en géomatique. Au fil de la recherche, de nombreuses idées nouvelles ont émergé. À l’avenir, je souhaite développer d’autres approches créatives pour appliquer des paradigmes qualitatifs aux données des réseaux sociaux.

Mon conseil pour les autres étudiants serait de trouver un moyen de lier leurs intérêts à leur recherche, tout en restant ouverts à penser différemment. Impliquez-vous dans des discussions qui se tiennent dans d’autres disciplines, voire en dehors du milieu universitaire, et explorez comment l’analyse géospatiale peut enrichir ces échanges.

Merci, Stella, et bonne chance pour la dernière ligne droite de ta recherche doctorale.

Le travail de Stella a été l’un des nombreux points forts qui ont rendu cette conférence SKI si enrichissante. Ce qui m’a particulièrement frappé, c’est la façon dont son projet utilise les SIG non seulement pour cartographier les mouvements, mais aussi pour mieux comprendre l’expérience humaine, la perception et le lieu. Ce fut un plaisir de parler avec Stella et d’en apprendre davantage sur la réflexion derrière son travail. Félicitations encore pour cette reconnaissance bien méritée, et j’ai hâte de voir où ses recherches iront ensuite. J’attends déjà avec impatience SKI 2028… et peut-être que, la prochaine fois, j’apporterai mes skis pour faire honneur au nom et profiter au maximum de la magnifique Banff!

Ce billet a été écrit en anglais par Mohamed Ahmed et peut être consulté ici.