Une boursière 2016 d’Esri Canada étudie l’Antiquité au moyen d’ArcGIS

July 14, 2016

Les SIG ont une utilité importante dans les travaux archéologiques. Kendra Garbutt, récipiendaire d’une bourse d’études en SIG 2016 d’Esri Canada, en a fait la démonstration. Cette étudiante de l’Université Mount Royal a eu recours à un SIG dans son étude des structures sociales de la cité antique de Méroé, qui fait aujourd’hui partie du Soudan.

Les archéologues étudient les civilisations à travers les vestiges que l’on découvre. À ce chapitre, les tessons de poterie figurent parmi les artéfacts les plus couramment trouvés sur les sites archéologiques. C’est ainsi que Kendra Garbutt, étudiante en anthropologie à l’Université Mount Royal, a choisi pour projet de spécialisation de cartographier 300 tessons d’amphores de la collection de Méroé, à la recherche d’indices qui révéleraient la structure de cette société antique.

Des enfants soudanais trient les morceaux de céramique trouvés sur le site de Méroé entre la fin des années 1970 et le début des années 1980. Photo gracieuseté de John H. Robertson.

Kendra est l’une des récipiendaires des bourses d’études en SIG 2016 d’Esri Canada. Je lui ai demandé, par courriel, de nous en dire un peu plus à propos de son projet.

KA : Qu’est-ce qu’un tesson d’amphore, et en quoi est-ce important?

KG : Une amphore est un vase en céramique que l’on utilisait dans l’Antiquité pour conserver des liquides à livrer par mer. Sa forme et le matériau qui la compose révèlent bien souvent le lieu où elle a été fabriquée et même, dans certains cas, ce qu’elle a contenu. Les amphores servaient surtout à conserver du vin, de l’huile d’olive et des produits de la pêche. Une fois vides, on s’en débarrassait la plupart du temps. Certains sites archéologiques regorgent de tessons de ces amphores, que les archéologues essaient de rassembler pour reconstituer le vase d’origine. Or, c’est un peu comme s’ils essayaient de résoudre un puzzle géant de pièces empoussiérées. Bien souvent, c’est peine perdue. Par contre, si vous arrivez à obtenir un fossile directeur, c’est-à-dire un objet caractéristique d’une amphore, comme une base, un col ou une anse et qui permet souvent de la dater, vous pourrez alors deviner de quel type ou classe d’amphore il s’agit. Sur le site de Méroé, je n’ai eu accès à aucune des quelques amphores entières qui ont été découvertes. J’ai donc dû fonder mon étude sur des tessons. Toutefois, certains tessons portent, gravé dans l’argile, le sceau du fabricant de l’amphore ou de son contenu.

Les tessons d’amphore retrouvés à Méroé ont une importance particulière parce que leur matériau et leur contenu probables ne sont pas d’origine locale. C’est dire qu’ils ont fort probablement été importés. Il faut savoir qu’une grande distance sépare le monde méditerranéen de la cité antique de Méroé, et qu’il était difficile à l’époque de transporter de grandes quantités de récipients de céramique en remontant le Nil, puis par voie terrestre. C’est ce qui nous amène à croire que les biens en question devaient coûter très cher.

KA : À quoi vous a servi un SIG dans l’analyse des tessons?

KG : J’ai utilisé ArcMap pour positionner chacun des tessons sur une carte géoréférencée du site de Méroé. En personnalisant la symbologie des tessons, j’ai pu repérer des caractéristiques de dépôt. La plupart des tessons étaient regroupés dans les structures d’un temple, dans des couches stratigraphiques qui laissent croire que les amphores ont été abandonnées ou détruites. J’en ai conclu que les tessons ne pourraient pas servir à établir une hiérarchie sociale, ce qui répondait à la question de ma recherche. Des fouilles approfondies pourraient permettre d’établir les raisons d’une telle concentration de tessons en un même endroit et une même période.

Le résultat sur une carte de la localisation des tessons d’amphore étudiés. Les symboles révèlent différentes zones de concentration, mais la couleur des strates (couches) archéologiques est uniforme.

KA : Pourquoi avez-vous choisi des études en archéologie?

KG : L’archéologie m’intéresse depuis mon enfance. Je ne pouvais pas laisser passer l’occasion d’en faire l’étude quand elle s’est présentée. Cette science nous informe sur le passé, le présent et l’avenir. En outre, c’est une discipline qui requiert un large éventail de compétences, notamment en sciences, en mathématiques, en géographie et en arts.

KA : Croyez-vous qu’il soit important pour un archéologue de développer des compétences en SIG?

KG : C’est crucial! Les sites archéologiques contiennent des artéfacts reposant dans un lieu qui peut être gigantesque ou minuscule, au sommet d’une montagne ou au fond de l’océan. En localisant ces artéfacts par un point sur une carte avant de les retirer de leur milieu, nous pouvons les visualiser, les analyser et étudier la relation à leur milieu ainsi que leur importance sur le site. L’histoire de l’archéologie est truffée d’interprétations erronées. Un SIG contribue à dater et à situer correctement les artéfacts.

J’ai utilisé un SIG pour la première fois en 2014, à l’Université Mount Royal. C’est un de mes professeurs qui me pressait alors de le faire, affirmant que les travaux archéologiques du futur reposeraient de plus en plus sur la technologie. D’après lui, les SIG constituent une excellente façon à la fois d’améliorer mes compétences et de me faire remarquer des employeurs.

KA : Travaillez-vous actuellement sur un autre projet SIG?

KG : Oui. À l’Université, je travaille à un projet depuis l’été dernier, de concert avec Lynn Moorman, Dorothy Hill et Alice Liboiron. Ensemble, nous avons créé une carte destinée aux ornithologues amateurs du sud de l’Alberta, au moyen de Collector for ArcGIS. Il s’agit d’une carte conçue expressément pour l’observation et l’étude du merlebleu azuré, une espèce d’oiseaux dont la nidification, la ponte, la couvée et le soin des oisillons requièrent des conditions très particulières. Le merlebleu azuré est menacé par la perte de son habitat. Par cette carte, nous cherchons à collecter des renseignements sur les nichoirs au moyen d’appareils mobiles, afin d’aider les ornithologues à créer, à analyser et à diffuser les données. Le projet est toujours en cours et n’a pas encore été rendu public. Vous pouvez toutefois vous informer des efforts déployés afin de protéger le merlebleu en consultant le site web de la Société nord-américaine pour la protection du merlebleu (en anglais).

KA : Quels sont vos projets futurs?

KG : Je compte poursuivre une maîtrise spécialisée en archéologie du Moyen-Orient ou du bassin levantin. J’adorerais combiner un programme de maîtrise en géomatique et mon intérêt en archéologie. Je dois toutefois trouver un établissement ou des superviseurs qui puissent rendre la chose possible. S’il m’était impossible d’étudier le Moyen-Orient ou le bassin levantin, l’archéologie viking m’intéresse aussi grandement. Dans ce cas, j’ajouterais à un SIG des applications de télédétection.

La bourse d’études en SIG offerte par Esri Canada m’a beaucoup aidé! Comme je dispose maintenant de ma propre licence, je peux l’utiliser à la maison, ce qui est extrêmement avantageux. Le portail des bourses d’études me permet de correspondre avec des personnes dont les méthodes ou les champs d’intérêt ressemblent aux miens. C’est un excellent moyen d’établir des relations partout au Canada.

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