Aucune porte ne devrait être introuvable : l’équité des données pour les interventions d’urgence
En situation d’urgence, trouver une adresse plutôt que la personne qui a besoin d’aide fait parfois perdre de précieuses minutes, au risque de compromettre l’issue de l’intervention.
Imaginez deux personnes victimes d’un arrêt cardiaque au même moment.
La première est Georges, un homme de 38 ans, père de deux enfants, qui habite une maison individuelle au 123, rue Principale. Lorsqu’il appelle le 9-1-1, il fournit une adresse municipale précise, ce qui permet aux intervenants de se rendre directement à sa porte.
La seconde est Germain, un cadre de 48 ans qui habite l’unité 2804 de l’immeuble du Boisé, l’un des nombreux bâtiments d’un vaste complexe en copropriété. L’adresse municipale officielle du complexe peut être la même pour des centaines de résidents. Or, les données cartographiques officielles de la ville peuvent ne pas indiquer les voies privées, les différents bâtiments, les numéros d’unité et les entrées dont les intervenants ont besoin pour le localiser.
Les deux personnes ont besoin d’aide et méritent la même rapidité d’intervention. Pourtant, l’une d’elles risque d’attendre plus longtemps simplement parce que les données nécessaires pour la localiser ne figurent pas dans les systèmes sur lesquels s’appuient les intervenants.
Voilà un problème d’équité des données.
Pendant des décennies, l’adressage municipal a relativement bien répondu aux besoins des quartiers traditionnels composés de maisons individuelles et de duplex. Chaque bâtiment possède une adresse clairement attribuée qui peut servir à la navigation, à la répartition des services d’urgence et à l’intervention.
Mais les communautés d’aujourd’hui sont de plus en plus complexes.
Les gens vivent notamment dans :
- de grands complexes en copropriété;
- des parcs de maisons mobiles;
- des communautés de retraités;
- des campus et des résidences d’établissements postsecondaires;
- des complexes de villégiature;
- des ensembles à usage mixte.
Dans bon nombre de ces milieux, des centaines de personnes peuvent avoir la même adresse municipale tout en habitant des bâtiments, des ailes, des unités ou des étages distincts, parfois desservis par différentes voies privées à l’intérieur d’une même propriété.
Lorsque les données officielles ne contiennent pas ces renseignements de sous-adressage, les intervenants d’urgence doivent souvent chercher l’endroit précis où se trouve la personne en détresse. Techniquement, ils sont « à la bonne adresse », mais pas encore au bon endroit.
Sous l’angle de l’équité
Lorsqu’on parle d’équité, on pense souvent à la nécessité d’assurer à tous un accès égal aux services et aux possibilités.
Les services d’urgence ne devraient pas faire exception.
Une personne qui habite une maison individuelle ne devrait pas être avantagée, sur le plan de la localisation, par rapport à :
- un étudiant universitaire qui vit en résidence;
- une personne âgée qui vit dans une résidence pour retraités;
- une mère monoparentale qui vit dans un logement abordable;
- une famille qui vit dans une tour de copropriétés.
C’est pourtant exactement ce qui se produit lorsque les données SIG officielles ne représentent pas les lieux où les gens vivent réellement. Des données de localisation qui s’arrêtent à l’entrée d’un complexe ne permettent pas d’assurer un accès équitable aux services d’urgence.
Pourquoi est-ce important pour les interventions d’urgence?
Le 9-1-1 de prochaine génération permet d’obtenir des renseignements de localisation plus détaillés, d’améliorer l’acheminement des appels et d’accroître la précision des interventions d’urgence.
Mais le 9-1-1PG ne peut être pleinement efficace que si les données sur lesquelles il repose sont suffisamment précises.
Lorsque des éléments de localisation essentiels, comme les voies privées, les résidences, les identifiants de bâtiment, les numéros d’unité et les entrées, sont absents des jeux de données officiels, les intervenants ne peuvent pas profiter pleinement des investissements technologiques réalisés.
Le défi n’est plus de savoir si les services d’urgence peuvent trouver une adresse, mais s’ils peuvent trouver le lieu précis de l’urgence.
L’exemple d’une résidence étudiante
Prenons l’exemple d’un campus universitaire où neuf résidences ont la même adresse municipale.
Un étudiant qui vit une urgence médicale peut indiquer au 9-1-1 : « Je suis à la résidence des Érables, chambre 418. »
Si la « résidence des Érables » ne figure pas dans les données SIG officielles, il se peut que les systèmes de répartition ne reconnaissent comme emplacement valide que l’entrée du campus ou le bâtiment administratif principal. Tous les bâtiments du campus se trouvent alors associés à une seule adresse municipale.
Les intervenants arrivent donc au bon endroit, mais doivent encore déterminer :
- dans quelle résidence se trouve la personne;
- quelle entrée utiliser;
- à quel étage se rendre;
- dans quelle chambre aller;
- et même quelle voie emprunter pour accéder au bon bâtiment.
Toutes ces recherches peuvent prendre plusieurs minutes, alors que chaque seconde compte. Selon la nature de l’urgence, quelques secondes peuvent faire la différence entre la vie et la mort.
En conclusion
La densité résidentielle augmente et les milieux de vie se complexifient. Nos données de localisation doivent donc évoluer. Par ailleurs, des données qui ne sont pas essentielles aux administrations municipales pourraient néanmoins s’avérer cruciales pour sauver des vies lors d’une intervention d’urgence.
L’objectif ne consiste pas simplement à produire des cartes exactes, mais à assurer des interventions d’urgence équitables.
Que vous habitiez une maison individuelle, une unité en copropriété ou une chambre en résidence étudiante ne devrait jamais déterminer la rapidité avec laquelle les secours peuvent vous trouver lorsque vous en avez le plus besoin.
Chaque personne mérite d’être représentée dans les données. Et aucune porte ne devrait être introuvable.
Ce billet a été écrit en anglais par Sharon Koch et peut être consulté ici.