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Nouveauté du Living Atlas : noms de lieux L’nu au Nouveau-Brunswick

Le Living Atlas présente une profusion de contenus canadiens, notamment des cartes qui nous aident à comprendre l’histoire de notre géographie. Un ajout récent au Living Atlas est la carte toponymique L’nu du Nouveau-Brunswick, qui présente des entités géographiques et des points de repère qui reflètent la parenté entre, d’une part, le mot L’nu (un mot mi’gmawe’l qui signifie « les gens ») et, d’autre part, l’environnement du peuple que ce mot désigne. Explorez les noms des cours d’eau et des points de repère du Nouveau-Brunswick à travers le prisme des premiers habitants : les nations Mi’gmaq, Wolastoqiyik et Peskotomuhkati.

 Des autochtones en costume d’apparat font une entrée remarquée

Tom Johnson, coordonnateur des systèmes d’information géographique (SIG) à Mi’gmawe’l Tplu’taqnn Inc. (MTI), s’est lancé dans un périple collaboratif menant à la création d’une carte numérique des voies navigables, des villages, des campements, des sentiers de portage et d’autres points de repère reconnus et nommés par les Premières Nations du Nouveau-Brunswick. MTI est une organisation à but non lucratif regroupant neuf communautés Mi’gmawe’l du Nouveau-Brunswick. L’organisation veille à l’application des droits autochtones issus des traités, en empruntant la voie de l’intendance et en promouvant la coopération et le partage des ressources dans toute la province.

« La création d’une carte qui met en valeur les noms de lieux originaux des Mi’gmaq, Wolastoqey et Peskotomuhkati renforce notre lien avec les terres et les eaux de cette province », déclare Tom. « L’utilisation de la technologie pour partager ces informations historiques est très importante, car elle permet d’éduquer les membres de notre communauté et le grand public en rendant l’information accessible. »

 Les langues uniques des Mi’gmaq, Wolastoqey et Peskotomuhkati

Les Premières Nations du Nouveau-Brunswick (Mi’gmaq, Wolastoqey et Peskotomuhkati) ne possédaient pas de langue écrite, leur culture étant orale. Elles se servaient plutôt d’un système idéographique constitué de pétroglyphes, de wampums et de bâtons pour transmettre de nombreux renseignements. Depuis des temps immémoriaux, ces nations communiquent leur savoir par le truchement de leurs légendes, de leurs chants, de leurs danses et de leurs récits historiques contés de vive voix. C’est ainsi que les noms de lieux, les chansons et les légendes ont fait office de « cartes orales » qui pouvaient être communiquées à travers les nations et les générations. Les langues Mi’gmaq, Wolastoqey et Peskotomuhkati ont des racines algonquines. Le révérend Silas Rand, qui est souvent cité dans le projet de carte, a déclaré que la langue ressemblait plus au grec qu’à l’anglais.

« (La langue) est copieuse, souple et expressive. Sa déclinaison des noms et sa conjugaison des verbes sont aussi régulières que celles du grec, et vingt fois plus abondantes. La conjugaison complète d’un seul verbe micmac (sic) remplirait un gros volume. Ses déclinaisons et tournures idiomatiques diffèrent largement de l’anglais » (Rand 1875 : xxxiv, xxxvii).

 Transcription des plus anciens noms de lieux autochtones

Au cours des années 1800, les premières orthographes de noms de lieux ont été générées à partir de l’alphabet phonétique tel qu’entendu par les chercheurs linguistes parmi les colonisateurs anglais et français. Le révérend Rand et le Dr W.F. Ganong ont transcrit des dictionnaires complets de noms de lieux Mi’gmaq, Wolastoqey et Peskotomuhkati en anglais, tandis que le père Pacifique de Valigny, basé à Listuguj, au Québec, a documenté les noms de lieux en français.

Pour Ganong, il s’agissait d’un exercice d’érudition destiné principalement à sa société de colons. Par ailleurs, le révérend Rand et le père Pacifique ont documenté la langue comme un moyen de prêcher l’évangile chrétien auprès des Mi’gmaqs. Bien que leur travail ait permis de saisir les noms anciens des lieux, il ne faut pas le prendre pour argent comptant aujourd’hui, comme le font remarquer Sable et Francis (page 16) : « De nombreux noms de lieux, événements, phrases et passages enregistrés par les chercheurs précédents ont dû être réinterprétés en fonction des conventions orthographiques contemporaines. »

Une carte web avec des lignes bleues, des points rouges et une fenêtre contextuelle qui explique comment la rivière Pollett a été nommée en l’honneur de Peter Pollet, un sorcier mi’gmaq qui vivait à l’embouchure de la rivière.

Orthographe contemporaine du Mi’gmaq

Au milieu du 20e siècle, les linguistes mi’gmaqs avaient développé leurs propres orthographes pour l’alphabet anglais. Il existe deux orthographes mi’gmaques largement acceptées aujourd’hui : l’orthographe Smith-Francis et l’orthographe Metallic ou Listuguj. L’orthographe Smith-Francis, courante en Nouvelle-Écosse et à l’Île-du-Prince-Édouard, utilise la lettre « k » comme consonne dominante, alors que l’orthographe Listuguj du Nouveau-Brunswick utilise le « g ». C’est pourquoi il existe l’épellation, « mi’kmaq » en Nouvelle-Écosse et « mi’gmaq » au Nouveau-Brunswick.

 Paysages et repères utilisés dans la carte toponymique L’nu

Les noms de lieux mi’gmaq, wolastoqey et peskotomuhkati figurant sur la carte se fondent sur des mots descriptifs liés aux caractéristiques du paysage. Par procédé mnémotechnique, ils fournissent des repères descriptifs aux voyageurs qui parcourent les terres. Ainsi, lorsque les gens partagent leurs récits de voyage et leurs itinéraires, ils partagent une image du paysage. Cela permet aux autres voyageurs de « reconnaître » les points de repère lorsqu’ils les voient pour la première fois (Mawiomi Mi’gmawei de Gespe’gewa’gi, page 27). Par exemple :

Winpegijuig (rivière Nepisiguit) signifie « qui coule rapidement »;

pgumane’gatig (ruisseau Rogers, Nepisiguit) signifie « endroit où se trouvent les bleuets »;

pgumane’gadi’jg (ruisseau Lazares, Nepisiguit) signifie « petit endroit où se trouve les bleuets ».

Gi’taqaneg (aire de rafting ou Rafting Grounds, Restigouche) signifie « lieu de la pierre à aiguiser » .

Chutes d’eau encadrées par des formations rocheuses et des arbres à feuilles persistantes, avec quelques personnes assises ou marchant sur les rochers.

Prochaines étapes de l’élaboration de la carte

À l’heure actuelle, la plupart des informations sur les noms de lieux utilisés pour élaborer la carte se sont fondées sur la documentation créée par des chercheurs colonisateurs il y a plus d’un siècle. Au fur et à mesure qu’avancera le projet, MTI consultera des linguistes et des citoyens mi’gmaqs pour vérifier les recherches antérieures des colons et faire évoluer la carte. On s’attend à ce que la plupart des nouveaux toponymes compilés à partir des recherches futures soient épelés en utilisant l’orthographe Metallic.

« Grâce aux conversations constantes avec les aînés et les historiens, la carte continuera de s’enrichir de nouveaux renseignements. C’est un honneur de travailler sur ce projet, et j’ai hâte de poursuivre ce travail important et fascinant », note Tom.

Explorez la carte des noms de lieux L’nu dans le Living Atlas

Si vous avez des questions ou si vous souhaitez proposer un contenu canadien (cartes, applications ou données) pour le Living Atlas, veuillez contacter la responsable du Living Atlas à Esri Canada, Farah Hoque.

 Références :

Le Mawiomi Mi’gmawei de Gespe’gewa’gi, 2018, Nta’tugwaqanminen, Notre histoire, L’évolution des Mi’gmaqs de Gespe’gewaw’gi, Les Presses de l’Université d’Ottawa

Sable et Francis, 2012, The Language of this Land, Mi’kma’ki, Cape Breton University Press

Rand, Rev. Silas Tertius, 1875, A First Reading Book in the Micmac Language, Comprising the Micmac Numerals and the Names of the Different Kinds of Beasts, Birds, Fishes and Trees etc. of the Maritime Provinces of Canada. Also, Some of the Indian Names and Places, And Many Familiar Words and Phrases, Translated Literally into English, Halifax, NS: Nova Scotia Printing Company

CBC News, consulté à l’adresse https://www.cbc.ca/news/indigenous/indigenous-place-names-new-brunswick-mi-kmaq-map-1.6318886

Site web de Mi’gmawe’l Tplu’taqnn Inc., consulté à l’adresse suivante https://migmawel.org/mission/

Ce billet a été écrit en anglais par Farah Hoque et peut être consulté ici.

À propos de l’auteur(e)

Farah Hoque is the Living Atlas Curator at Esri Canada dedicated to curating insightful Canadian content. She has a Bachelor’s in Environmental Sciences and Technology from University of Toronto, a Master’s in Predictive Modelling and GIS from York University and a Certificate in Applied Digital Geography and GIS from Ryerson University. Farah is a strong advocate of applying data-driven solutions and geospatial analysis to solve the world’s most pressing problems. In her spare time, Farah loves to paint, discover new music artists, work out and explore different cuisines.

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