Gestion policière opérationnelle des points chauds : analyse et action sur le terrain avec ArcGIS
La gestion policière des points chauds repose sur des décennies de recherche démontrant que la criminalité n’est pas répartie de façon uniforme : elle se concentre dans un nombre restreint de lieux. Ces micro-emplacements, ou « points chauds », génèrent une part disproportionnée des appels de service, des victimisations et des préjudices. L’identification des points chauds constitue une première étape importante, mais l’analyse à elle seule ne réduit pas la criminalité. Une carte de points chauds utilisée uniquement dans une présentation d’information peut éclairer la réflexion, mais elle ne mène pas à l’action. La gestion policière des points chauds ne crée de valeur que lorsque l’analyse se traduit par des activités constantes sur le terrain, les organismes consignent les interventions réalisées et les résultats sont mesurés dans le temps. Cette évolution, de l’analyse à l’action, se reflète dans trois services policiers de l’Ontario.
Les points chauds n’ont d’importance que lorsqu’ils mènent à l’action
En Ontario, en 2023, le Service de police de London a commencé à opérationnaliser les points chauds en transformant des emplacements prioritaires en tâches claires, adaptées aux quarts de travail, favorisant ainsi l’adoption et la constance sur le terrain.
Le Service de police de Barrie a renforcé la base analytique en publiant une méthodologie axée sur le préjudice afin de mieux cibler les emplacements et d’évaluer si les interventions prévues ont réellement eu lieu.
S’appuyant sur ces deux approches, le Service de police d’Ottawa a utilisé ArcGIS pour étendre la gestion policière des points chauds à un flux de travaux coordonné, de l’identification à l’assignation des tâches, à l’exécution et au suivi de la performance.
La Stratégie d’approche, d’intervention et de mobilisation communautaires (C.O.R.E.) du Service de police d’Ottawa démontre comment les points chauds peuvent faire partie d’un modèle opérationnel, et non seulement d’un produit analytique.
C.O.R.E. vise à réduire la criminalité dans des secteurs précis, comme le marché By et la rue Rideau, au moyen d’une approche policière fondée sur des données probantes, de la mobilisation des partenaires et de solutions qui s’attaquent aux causes profondes. Un élément central de cette stratégie est le Centre des opérations de quartier, qui améliore la coordination, la visibilité et la collaboration entre les partenaires.
Au cœur de C.O.R.E. se trouve un cycle reproductible : repérer les emplacements prioritaires, coordonner les ressources, déployer des actions ciblées, documenter les activités et tirer des leçons des résultats.

Concrètement, C.O.R.E. repose sur cinq composantes opérationnelles qui s’intègrent directement à un flux de travaux ArcGIS :
- Coordination du Centre des opérations de quartier : portrait opérationnel commun et carrefour d’assignation pour la sécurité du centre-ville.
- Points chauds : méthode fondée sur des travaux universitaires éprouvés permettant de déterminer le petit nombre de lieux où se concentre une grande part de la criminalité.
- Application ciblée des règlements : efforts concentrés lorsque justifiés, incluant une attention particulière à un petit nombre de récidivistes responsables d’un préjudice disproportionné.
- Table de concertation situationnelle : mécanismes dirigés par les partenaires pour stabiliser les risques à l’aide de soutiens intégrés (soins médicaux, traitement des dépendances, santé mentale, soutien juridique, logement).
- Conseil consultatif communautaire : gouvernance et coordination à long terme pour s’attaquer aux enjeux systémiques.
Du modèle à la méthode : cibler → tester → surveiller
Le résultat : C.O.R.E. fournit le modèle opérationnel ArcGIS, Barrie offre un cadre analytique reproductible axé sur le préjudice, et London apporte des années d’expérience en matière d’implantation, de ludification opérationnelle et d’adoption.
Ensemble, ces approches s’alignent sur la gestion policière fondée sur des données probantes :
- Cibler les bons emplacements
- Tester une intervention définie
- Surveiller les résultats, y compris la confirmation que les activités prévues ont réellement eu lieu
L’étape de la surveillance est souvent celle où de nombreuses initiatives échouent. Les organismes peuvent repérer des points chauds, mais peinent à les relier à des activités constantes sur le terrain et à des résultats mesurables.
ArcGIS aide à combler cet écart en soutenant un flux de travaux de bout en bout, de l’analyse à la coordination, à l’exécution sur le terrain et au suivi de la performance.
Un flux de travaux ArcGIS opérationnel pour la gestion policière des points chauds
ArcGIS permet aux organismes de passer de l’identification des points chauds à leur opérationnalisation grâce à un système connecté :
- Création de points chauds fondés sur des données probantes dans ArcGIS Pro
- Coordination et assignation des tâches dans Experience Builder
- Exécution dans Field Maps
- Saisie des activités dans Survey123
- Suivi des résultats à l’aide de tableaux de bord

Un flux de travaux ArcGIS opérationnel pour la gestion policière des points chauds
Mettre le tout en pratique
Étape 1 : Créer des points chauds fondés sur des données probantes dans ArcGIS Pro
Commencez par transformer les données d’incidents (appels de service, événements, crimes déclarés) en unités de points chauds stables et opérationnelles.
Un quadrillage hexagonal est particulièrement efficace : il permet des comparaisons cohérentes dans le temps et génère des unités claires, simples à affecter et à évaluer.
Les étapes clés comprennent :
- Générer une tessellation hexagonale couvrant le secteur d’analyse (par exemple, le corridor du centre-ville, les limites de la division ou la ville).
- Découper le quadrillage selon les limites juridictionnelles.
- Agréger les incidents dans chaque cellule (par exemple, jointure spatiale) pour créer des comptes (et des totaux pondérés en fonction des dommages).
- Appliquer un seuil probant pour relever les véritables valeurs aberrantes (plutôt que des sélections arbitraires de type « top 10 »).
- Publier le quadrillage comme couche d’entités hébergée (ArcGIS Online ou ArcGIS Enterprise) afin qu’il devienne la source opérationnelle de référence.
On obtient une couche de points chauds fiable, mais l’étape suivante consiste à la transformer en action. C’est là qu’entrent en jeu les superpositions C.O.R.E.
Étape 2 : Ajouter un contexte opérationnel avec trois superpositions
Un point chaud indique où l’activité se concentre, mais pas quoi faire ensuite. Ajouter des superpositions contextuelles permet de transformer les points chauds en environnements décisionnels exploitables.
Superposition A : Délinquants connus et conditions
La superposition des données relatives aux personnes assujetties à des conditions de caution, de probation ou de libération conditionnelle enrichit la prise de décision en précisant qui est à proximité, quelles conditions s’appliquent et où des contrôles ciblés peuvent atténuer les risques.
Superposition B : Crimes récents avec descriptions des suspects et résumé du mode opératoire
Une vue temporelle des activités récentes, appuyée par les descriptions de suspects et les modes opératoires, établit un pont entre les tendances à long terme et la connaissance de la situation en temps réel.
Superposition C : Services sociaux et parcours partenaires à proximité (intégrable à la table de concertation situationnelle)
Une couche de services permet aux agents d’orienter les personnes vers les ressources appropriées et renforce une intervention pluridisciplinaire conforme au modèle C.O.R.E.
Ensemble, ces superpositions font évoluer le déploiement de « se rendre au point chaud » vers « agir de manière ciblée à l’intérieur du point chaud ».
Étape 3 : Experience Builder, console de coordination et d’assignation servant de centre des opérations de quartier
Experience Builder agit comme interface centrale de coordination, semblable au concept du centre des opérations de quartier, en regroupant points chauds, superpositions et processus d’assignation.
Une configuration pratique comprend :
- des filtres par priorité, type d’infraction et plage temporelle;
- un panneau d’information sur les points chauds présentant des directives et des attentes claires;
- une vue opérationnelle intégrée de l’ensemble des superpositions;
- un flux de travaux permettant d’intégrer les points chauds aux plans de quart, avec des résultats définis.
Cela permet de transformer l’analyse en action coordonnée.
Étape 4 : Field Maps pour mettre le contexte des points chauds entre les mains des patrouilleurs
Field Maps transmet directement le contexte des points chauds aux patrouilleurs en précisant où aller, quoi faire et quoi surveiller.
L’adoption s’améliore lorsque les tâches sont simples, claires et alignées sur les processus propres aux quarts de travail. Le Service de police de London a démontré que des assignations structurées, soutenues par des boucles de rétroaction, contribuent à maintenir une exécution constante.
Les points chauds doivent également être considérés comme dynamiques. À mesure que l’activité évolue dans le temps, les points chauds peuvent se déplacer, ce qui permet aux patrouilleurs de concentrer leurs efforts sur les secteurs qui nécessitent encore une attention.
La configuration des fenêtres contextuelles de Field Maps peut comprendre :
- le niveau de priorité, la plage temporelle et un résumé des tendances (en langage clair);
- la norme minimale attendue pour la vérification du point chaud (attentes en matière de dosage et type d’activité);
- des éléments récents à surveiller issus de la superposition des suspects et des modes opératoires;
- le cas échéant, des indications sur la proximité de personnes sous caution ou de délinquants afin de soutenir des vérifications ciblées;
- les services sociaux et options de partenaires à proximité, avec directions et parcours de contact (intégrable à la table de concertation situationnelle).
Étape 5 : Survey123 pour capturer la fidélité, les actions et les résultats
Survey123 permet de consigner les interventions au moment où elles se produisent, de manière cohérente et structurée.
Un simple formulaire « Action – point chaud » permet de consigner :
- l’identifiant du point chaud (récupéré automatiquement à partir de la cellule sélectionnée) et le temps consacré à l’intervention (dosage);
- le type d’action (visibilité, vérification de conformité aux conditions de mise en liberté sous caution, engagement ou réassurance, application de la loi, intervention ou référencement, suivi policier orienté problèmes [POP]);
- les extrants produits (contacts, références, activités d’application de la loi, notifications aux partenaires);
- les observations et les apprentissages (ce qui a changé, ce qui a bien fonctionné, ce qui nécessite un suivi);
- des photos ou des pièces jointes facultatives, lorsque les politiques en vigueur le permettent.
Cela permet de mesurer non seulement l’activité, mais aussi si les interventions ont été menées comme prévu, ainsi que les résultats obtenus.
Étape 6 : Boucler la boucle – tableaux de bord + cadence de mise à jour + gouvernance
La gestion policière des points chauds nécessite un ajustement continu.
Les tableaux de bord regroupent tendances, activités et résultats afin d’appuyer des décisions opportunes fondées sur les données. Des cycles réguliers de mise à jour permettent de s’assurer que les points chauds demeurent pertinents, tandis qu’un cadre de gouvernance approprié garantit que les données sont utilisées de manière responsable et transparente.
Conclusion : les points chauds deviennent exploitables lorsque le modèle opérationnel est bâti autour d’eux
La stratégie C.O.R.E. d’Ottawa démontre comment la gestion policière des points chauds devient opérationnelle grâce à un déploiement coordonné, à l’engagement des partenaires et à une évaluation continue.
Barrie propose une méthode reproductible pour l’identification et l’évaluation des points chauds, tandis que London offre des perspectives pratiques pour favoriser l’adoption par le personnel de première ligne.
ArcGIS relie ces éléments en un seul système opérationnel, de l’analyse, à l’action, jusqu’aux résultats.
Grâce à l’ajout de superpositions contextuelles (délinquants, activité récente et services), les points chauds deviennent plus que de simples emplacements. Ils se transforment en environnements décisionnels qui permettent des interventions significatives et mesurables.
Références
Stratégie d’approche, d’intervention et de mobilisation communautaires (CORE) (site web).
Service de police de Barrie – Harm-Focused Hotspot Methodology (méthodologie des points chauds axée sur les préjudices) (guide de l’utilisateur / documentation du projet).
Ce billet a été écrit en anglais par Shaun Hildebrand et peut être consulté ici.