Comment les centres numériques aident les gouvernements à créer de la valeur sociale

March 20, 2017

Les centres numériques suivent le triangle stratégique de Moore en aidant les gouvernements à définir leur vision, à renforcer leur soutien et à mettre en place des initiatives qui créent de la valeur sociale.

Le concept de valeur a toujours été problématique pour les gouvernements. Les mesures pratiques et quantifiables, comme la marge de profit ou la part de marché, ne s’appliquent pas bien aux organisations qui ont pour mandat de protéger le bien-être public et de défendre l’intérêt commun. Pour cette raison, les gouvernements ont traditionnellement limité la question de la valeur aux mesures utilitaires, comme la gestion des coûts, la satisfaction de la clientèle et le respect des promesses électorales.

La notion de valeur sociale, avancée pour la première fois par Mark Moore, professeur de Harvard, revêt un concept différent et plus large. Dans son livre publié en 2013, intitulé Recognizing Public Value, Moore décrit que la valeur sociale ne se limite pas seulement aux services et aux promesses électorales, mais qu’elle consiste aussi en la mesure de l’efficacité avec laquelle les gouvernements utilisent les biens publics afin d’atteindre des résultats qui ont une valeur sociale pour la collectivité. Il nomme ce concept un « compte de valeur sociale ».

Le compte de valeur sociale (tiré de Recognizing Public Value, Mark Moore, 2013)

Rendre compte de la valeur sociale

Un compte de valeur sociale peut se comparer à un compte bancaire. À gauche se trouvent les coûts, ce qui comprend les coûts financiers et les coûts sociaux associés à l’application du pouvoir (les citoyens n’aiment généralement pas qu’on leur impose des choses). À droite se trouvent les avantages, ou encore les résultats qui ont une valeur, ce qui comprend le respect de la mission stratégique du gouvernement, la satisfaction des clients (tant les bénéficiaires des services que ceux qui doivent utiliser le système) et la création d’une société juste et équitable.

La différence entre la valeur sociale et la valeur dans le monde des affaires repose sur les « juges de la valeur », c’est-à-dire ceux qui déterminent le mérite de l’entreprise. Dans un monde axé sur les profits, les clients constituent la principale préoccupation. Ils achètent le produit ou le service en fonction de ce qu’ils sont prêts à payer.

Dans le cas des gouvernements, c’est plus compliqué. Évidemment, ils se soucient des clients, mais ils doivent également tenir compte d’une panoplie d’autres intervenants qui n’ont pas tous la même perception de la valeur.

Prenons par exemple les contribuables qui financent les services publics, mais qui ne bénéficient pas directement de certains de ces services. Qu’est-ce qu’ils en tirent? Et qu’en est-il des résidents qui sont forcés à utiliser le système, comme ceux qui attendent actuellement en file à la cour des infractions routières? Il y a fort à parier qu’ils aimeraient tous être dans une autre situation. Alors, comment évaluer la valeur dans ce cas? Le compte de valeur sociale prend en considération la perception unique de la valeur des différents intervenants de manière à avoir une vue d’ensemble.

Un compte de valeur sociale, une fois qu’il est établi, donne une idée claire de la valeur visée au nom de la communauté. Cette précision est importante. Les gouvernements qui cadrent leur vision de la valeur avec les valeurs de la communauté obtiennent de la légitimité démocratique et du soutien. Cette légitimité confère au gouvernement le pouvoir social dont il a besoin pour affecter les ressources aux divers services publics et aux diverses initiatives. Ensuite, le gouvernement peut passer aux choses sérieuses, soit s’acquitter de ses engagements.

Bref, Moore avance qu’un gouvernement efficace travaille à optimiser le lien entre la valeur sociale, la légitimité et le soutien, ainsi que la capacité opérationnelle, concept qu’il appelle le « triangle stratégique ».

Le triangle stratégique (tiré du livre Recognizing Public Value, Mark Moore, 2013)

Les centres numériques comme plateformes de la valeur sociale

Le défi pour les gouvernements consiste à mobiliser le public et à offrir des programmes selon une approche qui crée un cycle vertueux de valeur, de soutien et de capacité. La Ville de Los Angeles s’est attaquée à ce défi en créant un « GeoHub » (centre de données géographiques).

Un centre de données géographiques, également appelé centre numérique, favorise à la fois la mobilisation du public et la collaboration organisationnelle. À la base, un centre numérique établit un lien entre la population et les gouvernements qui lui offrent des services, et il relie les ministères gouvernementaux entre eux.

D’un point de vue pratique, les centres numériques sont des plateformes pour les principales initiatives publiques. Par l’intermédiaire d’un centre numérique, les gouvernements permettent à la population d’avoir accès à des données ouvertes, à des cartes et à des applications pertinentes. À l’interne, les ministères gouvernementaux ont à leur disposition une plateforme servant à partager l’information et à collaborer dans le cadre d’initiatives prioritaires à l’échelle du gouvernement. On obtient ainsi un système qui favorise le cycle de la valeur sociale.

Le GeoHub de la Ville de Los Angeles

Exemple : Initiative Vision Zero de Los Angeles

L’initiative Vision Zero de Los Angeles est un excellent exemple de valeur sociale favorisée par un centre numérique. Cette initiative a pour mission d’éliminer les accidents mortels sur les routes de la ville d’ici 2025. Voici comment elle repose sur le triangle stratégique de Moore.

Valeur sociale. L’élimination des accidents mortels sur les routes est un objectif facile à défendre, mais uniquement si l’atteinte de cet objectif n’impose pas des contraintes injustifiées à l’ensemble des citoyens. Le centre numérique de Vision Zero aide à gérer les coûts et la valeur de cette initiative.

En plus de donner de la transparence aux coûts financiers, il contribue à réduire le coût social d’avoir recours au pouvoir. Le danger pour une administration qui lance ce genre d’initiative est d’être perçue comme un état policier. C’est pourquoi il est si important de mettre en place une plateforme de consultation du public pour encourager les comportements sécuritaires sur la route.

Du point de vue de la valeur, le centre Vision Zero a permis de se rapprocher de l’objectif (zéro décès), tout en améliorant du même coup l’accès aux transports en commun et à d’autres services publics connexes de la ville. Il s’agit d’un résultat important : le message de Vision Zero se trouve renforcé par l’effet bénéfique qu’il a eu sur ces services.

Le centre numérique de cette initiative contribue également à promouvoir la justice sociale dans la communauté. Les citoyens bénéficient d’un accès ouvert à des données et à des applications qui leur permettent d’analyser le lien entre les décès sur les routes, l’inégalité des revenus, l’accès aux transports en commun et la santé publique (pour ne nommer que quelques aspects).

Légitimité et soutien. Les nombreuses voix de mobilisation du public créées par le centre numérique de l’initiative Vision Zero aident à accroître le soutien envers l’initiative. C’est le cas des citoyens de Los Angeles et des autres groupes qui ont un intérêt dans le système de transport et la vitalité de la ville, ce qui comprend les entreprises locales, les employés du gouvernement, les médias, les organisations judiciaires, les contribuables et les politiciens.

Par exemple, les défenseurs de la sécurité peuvent consulter les rapports de collision, et les groupes de développement communautaire peuvent évaluer le lien entre les blessures subies sur les routes et les conditions économiques. La défense de l’initiative Vision Zero s’appuie sur de nombreux fronts.

Capacité opérationnelle. La valeur et le soutien ne signifient rien si l’administration municipale ne fait pas son travail. Celle-ci doit réaliser la promesse de Vision Zero, mais tout en demeurant une gardienne responsable des ressources de la ville. Le centre numérique de cette initiative met à disposition une plateforme servant à gérer et à communiquer les résultats obtenus.

Des rapports sur les cibles et les chiffres réels sont (ou seront) présentés régulièrement par l’intermédiaire des nombreuses voies de communication du site, qui comprend des cartes des tendances concernant les collisions et des données brutes portant sur la circulation routière, les blessures subies sur la route, les intersections et bien d’autres aspects de la question.

Parmi d’autres excellents exemples de centres numériques, il y a ceux de la Ville de Long Beach et du comté de Loudoun en Virigine.

Les centres numériques constituent une plateforme très intéressante qui aide les gouvernements à créer des liens avec la population et à mener à bien leurs initiatives. Ils deviennent un outil indispensable lorsqu’ils sont conçus pour servir à la valeur sociale, au soutien du public et à la prestation de services à la population. Autant les gouvernements que la population en récolteront les fruits.

Ce billet a été écrit en anglais par Matthew Lewin et peut être consulté ici.

Article précédent
Cartographie des parcelles au Canada : Introduction à l’atelier parcellaire
Cartographie des parcelles au Canada : Introduction à l’atelier parcellaire

Au Canada, la cartographie des parcelles connaît un engouement dans des domaines comme la planification, le...

Article suivant
Nouveautés dans les fonds de carte pour le Canada – mars 2017
Nouveautés dans les fonds de carte pour le Canada – mars 2017

La troisième mise à jour pour le Canada a été lancée. Elle comprend des améliorations de l’imagerie et de c...